Environnement-économie-agriculture : l’irrationalité de la culture intensive de l’anacarde

Tous les pays du sud se suivent dans la culture de rente commandée par les pays du nord au détriment de la culture vivrière au profit de leurs propres populations.  Phénomène atavique inexplicable comme les migrants qui vont se noyer en Méditerranée  en toute connaissance de cause comme ces troupeaux de gnous animés par l’ivresse de la transhumance, traversent des cours d’eau infestés de crocodiles

Après les fruits et légumes, après le café et le cacao très prisés sur le marché international, mais qui ont connu des fortunes diverses avec la loi de l’offre et la demande, c’est au tour de la noix de l’anacarde qui fait un boom sur le marché. La tonne n’a pas son équivalent dans les produits agricoles. Elle vaut actuellement 2000 dollars.

Le Vietnam en rachète préventivement des milliers de tonnes pour spéculer dans les années qui suivent, el Nuno ou la Nina sont en train de faire ravage partout. Les services guinéens devraient publier les statistiques agricoles de cette année. Nos manguiers et avocatiers ont fait faillite dans la production, même les insectes qui dévorent leurs fleurs et fruits et qui contribuent à la pollinisation ont été invisibles en dépit des grandes pluies de l’année dernière. Cela mérite des explications des spécialistes du ministère de l’Agriculture et de la météo.

Paradoxe, la tonne de noix d’acajou vaut plusieurs fois la tonne de bauxite et on préfère la noix à la pomme. Mais, la pomme d’acajou, si elle était exploitée à bon escient, pourrait encore être une autre source de revenu, rien qu’en produisant du jus de pomme ou du « cana », un tord-boyaux bien connu de ceux qui ont fait Guinée-Bissau. Mais là n’est pas la question.

La question fondamentale est que, si tous les pays dévastent des grandes superficies de forêt pour uniquement la culture de l’anacardier au détriment de l’agriculture vivrière, dans les années à venir, le marché risque d’être saturé, comme le marché du cacao, actuellement. Qu’en ferait-on des invendus ?

Cette question se pose puisque la Guinée, sous une impulsion inconsidérée, tout le monde plante des anacardiers, même ceux qui étaient plongés dans la culture du riz, l’ont abandonnée. Parce que la tonne de riz ne coûte que 350 dollars et que les travaux d’entretien sont plus assidus et plus contraignants annuellement qu’une plantation d’anacardiers, une sinécure pour les satrapes. Mais, attention à l’effet boomerang et ça s’explique :

La loi du marché dit que la rareté fait la valeur, le prix et la ruée vers l’or est irrésistible. A voir les Nigériens qui se sont leurrés comme dans « Tom Sawyer », mais il faut être lucide pour ne pas faire ce que tout le monde fait parce que cela n’aurait plus de valeur en fin de compte.

Le calvaire des planteurs de cacao est un signe prémonitoire même si tout le monde mange du chocolat, la tonne de cacao est tombée à son plus bas niveau. Cette filière traverse une période de vache maigre, certains se demandent si elle survivrait à cette crise, si le kilo continue à se vendre à 350 fcfa  au lieu de 1000 fcfa.

Si dans les années à venir, la tonne de noix d’anacarde se vendait à un prix inférieur aux frais et prestations de production, le scénario du cacao risque de se répéter. Il faut dès à présent suivre l’évolution de celle-ci avec attention et tirer les leçons de façon préventive.

Ce qui est pérenne, c’est la culture vivrière. A entendre le nombre d’hectares de terre attribués à l’anacardier  par rapport aux autres cultures vivrières, on est un peu inquiet de voir que la Guinée arrive avec enthousiasme dans un secteur en décadence et qu’au moment où sa production bat tous les records, la tonne de noix d’anacarde ne vaut plus la peine.

Si cela ne tenait qu’à ça, on se sentirait encore heureux, mais l’environnement se trouverait détruit par des immensités d’anacardiers qui ne servent plus à grand-chose comme ces anciennes mines abandonnés dans un spectacle de désolation.

Il est encore temps de s’orienter un peu plus dans les cultures vivrières parce que dans ce domaine, l’excès ne fait aucun mal.

Moïse Sidibé

4 Commentaires

  1. Je pense qu’il serait plus prudent pour vous, de revoir votre copie sur les marchés actuels des grands produits agricoles: noix de cajou, cacao, café, riz, coton, caoutchouc, huile de palme, sucre.

    Quelques observations fondamentales pour comprendre le trend global sur les marchés agricoles actuels:

    (1)Depuis des mois, les marchés étaient sur le qui-vive quant à la décision ou non de la Réserve Fédérale Américaine (la Banque Centrale) d’augmenter ses taux directeurs. C’est chose faite. Depuis la mi-Décembre 2016, la « FED » a relevé son taux d’intérêt, le Dollar US enregistrant de suite une hausse l’entrainant à son niveau le plus haut en 14 ans face aux autres devises et impactant de ce fait toutes les matières premières qui s’échangent avec le billet vert, soit quasiment toutes au monde.

    La Réserve Fédérale Américaine (Fed) a maintenu les taux d’intérêt inchangés, Mercredi 1er février, 2017, continuant de promettre des hausses graduelles tout en notant une amélioration de la confiance des acteurs économiques.

    Le taux interbancaire au jour le jour reste dans la fourchette de 0,50 % à 0,75 %, selon le Communiqué du Comité monétaire (FOMC), qui se garde de mentionner l’incertitude sur les changements économiques que veut entreprendre l’administration Trump. « Les risques à court terme sur les perspectives économiques demeurent équilibrés », dit le Comité monétaire, qui a pris à l’unanimité sa décision de maintenir les taux en l’état.

    Fait nouveau pour cette première réunion monétaire depuis l’investiture de Donald Trump, la Banque Centrale met en avant une amélioration du moral des consommateurs et des entreprises aux USA, dans un Communiqué par ailleurs quasi similaire à celui de Décembre 2016, où elle avait pris la décision de relever les taux d’un quart de point de pourcentage.

    (2)LA NOIX DE CAJOU EN 2017, QUE SAIT-ON DES DERNIERES TENDANCES ?

    Elle a de très beaux jours devant elle en Afrique de l’Ouest. La nouvelle campagne d’anacarde en Afrique de l’Ouest s’annonce très prometteuse avec un nouveau record de production attendu. Si la période de récolte sera une nouvelle fois plus tardive, la production devrait poursuivre sa forte croissance et aurait atteint 1,8 million de tonnes en 2016, soit 300 000 tonnes de plus qu’en 2015. Toutefois, « Avec l’industrie locale particulièrement affectée par les prix élevés et qui ne connait pas la croissance attendue, le gros challenge de cette année sera d’exporter ces énormes quantités par des ports qui risquent d’être vite saturés » selon les Experts.

    Une production en hausse et des prix qui devraient rester toujours très rémunérateurs, au moins aussi élevés qu’en 2015, voir supérieurs. Les prix bord-champ en Afrique de l’Ouest seront supérieurs à FCFA 450 le kilo cette année. En effet en 2016, la consommation d’amande devrait demeurer soutenue – elle a progressé de 10% aux Etats-Unis, 8,5% en Europe et de plus de 10% en Inde en 2015 – tandis que l’offre augmentera entre 2,5 et 8% par rapport à 2015. En outre, si les prix sont élevés, la noix de cajou est toutefois moins chère que l’amande, la noisette et la pistache et la principale zone de production de fruits à coque, la Californie, est impactée par la sécheresse.

    Pourquoi voulez-vous parler d’irrationalité de la culture de la noix de cajou en Guinée, alors que nous ne sommes même pas visibles pour le moment sur les statistiques internationales d’exportation de l’anacarde ?

    (3)LE CACAO ET LE YOYO ACTUEL SUR LES PRIX INTERNATIONAUX

    La Cote D’Ivoire n’est pas du tout ébranlée par la baisse de la production de l’année 2016-2017. Pourquoi ? Parce que la Côte d’Ivoire aurait achevé ses ventes par anticipation pour sa campagne principale 2016/17. Ainsi, selon un document du Conseil du café-cacao (CCC) publié debut Avril 2017, 1.308 000 tonnes (t) auraient été vendues aux enchères au 25 novembre 2016. Ceci comprendrait les 220 000 t de contrats dits internationaux à des entreprises basées hors Côte d’Ivoire. Les prochaines ventes porteront sur la récolte intermédiaire et sur la campagne 2017/18. « Il ne reste rien à vendre de la récolte principale 2016/17 », selon une source du CCC.

    Côté production, la Côte d’Ivoire et le Ghana, respectivement n°1 et n°2 mondiaux du cacao, ont déclaré vouloir accroitre leur coopération afin de coordonner leurs stratégies pour réduire l’impact de la volatilité des cours internationaux.

    En Côte d’Ivoire, les arrivages aux deux ports d’Abidjan et de San Pedro ont totalisé 1 411 000 t entre le 1er octobre, démarrage de la campagne 2016/17, et le 9 avril. Ceci représente une hausse de 15% par rapport à la même période la campagne dernière.

    Les broyages ivoiriens ont totalisé 259 000 t du 1er octobre à fin mars, contre 240 000 t sur la même période la campagne dernière, selon l’association des exportateurs Gepex.
    Le Ghana, pour sa part, entend introduire la pollinisation à la main de semences de cacao et devrait commencer à irriguer ses plantations, a annoncé mardi le gouvernement. Ceci fait partie de l’objectif d’attendre le million de tonnes d’ici 2020.

    Quelque 5.000 personnes seraient embauchées par le gouvernement pour piloter ces opérations de pollinisation artificielle dans une trentaine de districts cette année et fournira des pompes solaires pour irriguer les fermes en périodes sèches.

    (4)Que dit l’Agence de Notation Moody’s à propos du choc actuel sur le marché du cacao ?
    Sur le plus long terme, l’agence de notation Moody’s estime que le prix du cacao ne restera pas longtemps faible étant donné la croissance de la demande en chocolat dans les pays en développement. Et Moody’s de rappeler que la consommation de chocolat en Suisse atteint 9,2 kg par an et par personne et 4,7 kg en Europe occidentale, alors qu’en Chine ou en Inde, l’actuel kilo de chocolat par habitant par an offre des potentiels remarquables.

    (5)LE RIZ
    Cette semaine, sur les marchés asiatiques, les prix du riz se sont inscrits en hausse. Les Indiens 5% brisures parboiled ont gagné $ 2 par rapport à la semaine dernière, à $ 375-380 la tonne, notamment en raison d’une roupie à son plus haut en 18 mois. Rappelons que l’Inde, premier exportateur mondial, vend du riz autre que le basmati principalement aux pays Africains et du basmati au Proche-Orient. En 2016/17, sa production devrait augmenter de 4,3%, à un record de 108,86 Mt.

    Au Vietnam, 3ème exportateur mondial, le négoce s’inquiète de la qualité du riz étant donné les pluies qui ont déjà affecté la récolte dans certaines régions productrices majeures. Le 5% brisures a grimpé à $ 352-355 la tonne FOB contre $ 348-350 il ya une semaine.

    Sur l’ensemble du mois de mars, l’indice riz de la FAO n’a quasiment pas changé en mars par rapport à son niveau de prix de février. Le riz supérieur Indica a continué à enregistrer une baisse de son prix, de l’ordre de 1,2%, face à une faible demande, tandis que le basmati gagnait en valeur, faisant grimper de 2,6% l’indice des Aromatiques. Les qualités plus basses, Indica et Japonica, ont vu leurs valeurs glisser.

    Sur le premier trimestre, les valeurs ont perdu 1,6% par rapport aux trois premiers mois de 2016, souligne encore la FAO. Les plus faibles baisses ont été enregistrées sur les riz des Etats-Unis, suivis du Thaïlandais et Vietnamien. En revanche, les prix à l’export ont été plus fermes en Inde et au Pakistan, notamment sur les riz basmati.

    Les exportateurs asiatiques accusent actuellement un retard de 10 à 20% de leurs ventes par rapport à l’an dernier à la même époque mais ils espèrent que la situation va s’améliorer car la demande d’importation devrait reprendre, notamment au Moyen Orient et en Afrique subsaharienne, souligne le Cirad dans sa lettre d’information mensuelle Osiriz paru mardi. Globalement, le commerce mondial devrait progresser de 3,5% par rapport à 2016.

    S’agissant de l’Afrique sub-Saharienne, la production a augmenté notamment en Afrique de l’Ouest grâce à une hausse des superficies et à une bonne pluviométrie, mais ses importations devraient tout de même progresser de 2% cette année, rapporte Patricio Mendez del Villar dans Osiriz. S’agissant de 2016, les importations ont baissé en Côte d’Ivoire, au Nigeria et au Sénégal et, sur l’ensemble du continent, le niveau d’importation aurait été le deuxième plus bas depuis 5 ans, rapporte le Cirad.
    Pourquoi voulez-vous que la Guinee ne saisisse pas cette belle opportunité sur les marches agricoles pour changer complètement sa politique agricole dès maintenant ?

    (6)LE SUCRE
    Le sucre roux a enregistré, jeudi, son plus fort gain depuis la fin février sur le marché à terme de New York, notamment sur des opérations de couverture mais aussi face à la perspective d’une bonne demande en Europe et en Inde. Ainsi, après être tombé mercredi à son plus faible prix en 11 mois, le sucre roux a terminé jeudi soir, sur l’échéance mai, à 16,45 cents la livre contre 16,76 cents vendredi dernier. Le sucre blanc a emboîté le pas à la hausse, terminant à $ 473,6 la tonne sur le marché à terme de Londres, contre $ 477,20 en fin de semaine dernière.

    En effet, l’Inde a annoncé qu’il autoriserait l’importation de 500 000 t de sucre roux à un taux de douane de 0% et ce, jusqu’au 12 juin. On ne peut pas écarter que l’Inde revienne à l’achat ultérieurement, notent les analystes. Le marché avait pronostiqué que les volumes importés seraient dans une fourchette allant de 500 000 t à 1,5 Mt.

    Mais ces importations Indiennes n’apaisent guère les craintes à l’égard de l’excédent qui se dessine sur cette campagne 2017/18. Et les analystes de dire que les prix tomberont vite en dessous des 16 cents. Car le Brésil risque de favoriser la production de sucre à l’éthanol à partir de la canne car cela s’avère plus rentable, souligne l’Organisation internationale du sucre (OIS) dans son rapport mensuel paru mardi dernier.

    CONCLUSION ET ENSEIGNEMENTS POUR LA GUINẺE:

    Les marchés agricoles se portent relativement bien sur tous les grands produits de base.
    Ce que la Guinée devrait faire c’est préserver la stabilité politique du pays, investir massivement sur l’ensemble de la chaine des valeurs de la noix de cajou, du cacao, du riz, du coton, de l’huile de palme, de la banane et du café.

    Le développement des cultures de rente et celui des cultures vivrières devraient aller de pair, parce que les premières garantissent les rentrées massives de devises don’t le pays a cruellement besoin, alors que les secondes assurent les bases de la sécurité alimentaire nationale.

    Aucune autre politique publique et sectorielle ne pourrait rendre plus de service à la Nation que de tels paradygmes qui fonctionnent bien dans beaucoup d’autres pays émergents en Asie et en Afrique.

    • Mon cher AC vos connaissance de l’économie mondial ne font frémir de modestie dans mes analyses au pifomètre ou au feeling.Mais suivant les perspectives de l’offre et de la demande à moyen et long terme des matières premières, agricoles et minières la baisse du prix de la bauxite et du fer on mis la Guinée à genou.je crains la même chose dans le domaine agricole.Savez vous le nombre exact d’hectares en préparation destinée à la culture de l’anacardier,et tous les moyens matériels humains financier mis dans ce domaine?
      Quelle seront les conséquences d’une saturation du marché international?
      Le gouvernement guinéen n’a pas fini de faire face au licenciement massif de Rio Tinto.
      En definitive, nous avons différente manière de v voir la même chose.

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