Guinée : Reporters Sans Frontière a fait une piqure au ballon d’orgueil de la presse guinéenne

 Beaucoup de journalistes guinéens ont entendu le président de l’URTELGUI s’insurger contre le classement de RSF sur la liberté de la presse au pays de Alpha Condé. Il peut y avoir quiproquo, pas de mauvaise foi. La question qui se pose est de savoir quelle était la période ciblée par RSF et la période défendue par les journalistes guinéens 

De 2010 à 2015, la période était trouble. On a vu Mandjan Sidibé obligé à l’exile que certains peuvent voir à juste titre, d’ailleurs. Encensé et boosté par la fougue des militants de l’opposition,  notre confrère n‘y allait pas du dos de la cuillère pour casser des pains, de sucre sur le dos de « Allé lé djô ».

Il parait que c’était normal puisque entre taulards, il y a des conventions sibyllines si elles ne sont pas respectées, elles peuvent faire déjanter. C’est purement humain. Peut être que Alpha Condé l’avait compris et sa longanimité a été noble.

A vrai dire, beaucoup s’étaient indignés de l’acharnement fougueux des attaques ad hominem sur sa personne. On aurait dû demander à Mandjan de raconter ce qui s’était passé à la Sûreté de Conakry où Mbemba Bangoura, l’ex- gouverneur de Conakry était l’imam de la taule et quand, en désespoir de cause, il y avait eu cette histoire de grève de la faim. La rumeur insistante disait que les militaires sont allés dire à Lansana Conté que X était en grève de la faim, le général aurait banalisé la chose en disant de donner un bon poulet et des bières Skols …

Mais en toute vérité, il faut reconnaître qu’avec Mandjan Sidibé, Alpha avait eu le dos large, trop large même, il a dû se tenir et se retenir à quatre, ce n’est pas Cellou Dalein qui dirait le contraire, encore moins Aboubacar Sylla, porte-parole de l’opposition et employeur du zig. Probablement la peur faite à Mandjan pour qu’il se carapate jusqu’à Dakar n’est pas de Alpha, mais de ceux qui sont plus royalistes que le roi. Il est temps de demander clémence. Comme Ahmed Abba, il a payé cher l’audace. 

Auparavant, on avait vu le CNC envoyer des pandores au groupe de presse L’Indépendant-Le Démocrate pour faire parler charabia à l’infographe Soumaoro tandis que s’enfermer dans les chiottes était l’apanage de son Red-chef.

 On se souvient aussi des journalistes malmenés lors des manifestations de rue de l’opposition. On a entendu aussi une militante du RPG Arc-en-ciel menacer de brûler du journaliste à son siège. On a entendu encore des maisons de radios saccagées par des hommes en tenue. 

Quant aux assassinats de Womé et la disparition du journaliste d’Espace FM, qui ne doivent pas être considérés comme des restrictions délibérées de la liberté de la presse, puisque ce sont des accidents dus aux aléas du métier. Le cas de Ghislaine Dupont, Claude Verlon, Joëlle Sutton et tant d’autres qui tombent sur les théâtres de guerre sont également édifiants sur les risques et dangers d’un métier passionnant. Si RSF s’est basé sur cette période pour faire son classement, il a tout faux. Il doit venir faire son constat sur le terrain en heure et en temps avant de faire son classement.

 Hormis le cas des journalistes qui ont voulu faire chanter récemment la direction de Sobragui, l’unique brasserie en Guinée qui se permettait aussi pas mal de choses illicites, cela doit être souligné pour constituer des circonstances atténuantes pour nos cons-frères et apprentis maîtres-chanteurs, il n’y a pratiquement  rien à dire que féliciter la HAC, qui s’est tant soit peu assagie. 

 Depuis deux ans, on peut dire de la presse guinéenne se porte si bien que son ballon d’orgueil s’est emplit tout de vent. Et si Robert Ménard lui a fait une piqure, il doit s’attendre à ce qu’il en sorte des tempêtes, rien de plus normal. 

Quant à la presse guinéenne, elle ne doit pas trop vite chanter. A différents niveaux de la gouvernance et des coordinations régionales, il y a beaucoup d’esprits archaïques qui ne blairent pas la presse, il ne faut pas fermer les yeux sur les risques d’une résurgence de la répression et perdre de vue que RSF ne veut rien que le bien des journalistes.

 Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat.

Moïse Sidibé 

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